Placements des chômeurs : les opérateurs privés
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Lancée en 3 phases successives entre 2003 et 2007, l’expérimentation du placement des chômeurs par les opérateurs privés cherche aujourd’hui un fonctionnement pérenne et sa place dans le dispositif d’aide au retour à l’emploi. |
La reforme de l’ANPE proposée par F. Fillon le 19 novembre 2003 a en effet mis fin au monopole de l’Agence Nationale Pour l’Emploi et autorisé les opérateurs privés à prendre en charge le placement des chômeurs. Hautement politique, cette évolution, déjà adoptée par nos voisins européens, doit justifier de son intérêt économique et social dans notre pays.Il apparaît que le recours à des cabinets de placements privés permet de proposer des méthodes de suivi et de retour à l’emploi inédites, et, si l’on en croit les résultats obtenus, efficaces. Cependant, cela n’est pas sans soulever un certain nombre d’interrogations. La mesure et la définition des facteurs de réussite de ce projet, la sélection des cabinets de placement et le cadre opérationnel précis de ce dispositif demandent encore aujourd’hui un important travail d’analyse et d’ajustement pour définir la gouvernance et les modalités optimales.
La mise en place du dispositif
Trois phases de test ont jalonné la mise en place de ce dispositif : le placement de 150 chômeurs a été confié au cabinet Maatwerk, entre 2003 et 2004, puis 5 cabinets ont pris en charge 5000 demandeurs d’emploi en 2005-2006. Enfin, 17 cabinets ont été mandatés à partir de décembre 2006 pour placer 46000 chômeurs.L’expérience menée entre 2005 et 2006 affiche des résultats positifs même s’il convient d’être prudent avec des chiffres qui ne font pas l’objet d’une normalisation ou d’un contrôle particulier :

*Source : Entreprise et carrières du 01/05/07 et du 11/07/06
Par ailleurs, les chiffres suivants montrent que le dispositif peine à se mettre en place et ne convainc pas :
Sur 100 demandeurs d’emploi auxquels le dispositif est proposé, seulement 37 tentent l’expérience. A fin mars 2007, moins de 58% des objectifs en terme de nombre de chômeur pris en charge étaient atteints.L’objectif de 46000 chômeurs placés par les opérateurs privés avant fin 2007 semble donc être hors de portée.
La sélection des opérateurs
La prise en charge des chômeurs par les opérateurs privés a fait l’objet d’un appel d’offre pour la dernière phase de test.Un cahier des charges à été établi pour définir les caractéristiques des acteurs susceptibles d’y répondre : l’opérateur doit s’être déclaré en préfecture, disposer d’une structure dédiée à la prise en charge des chômeurs, et proposer aux demandeurs d’emploi un encadrement minimum (un consultant référent pour un maximum de 40 candidats par exemple).
4 types d’acteurs sont entrés dans le dispositif :
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Les cabinets spécialisés, étrangers, ayant déjà expérimenté le dispositif dans leur pays d’origine
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Les cabinets d’intérim qui ont dû créer des filiales dédiées.
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Les associations d’aide au retour à l’emploi
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Les chambres de commerce et d’industrie (CCI), fortes de leur expérience dans le soutien à la création ou à la reprise d’entreprise
Leurs méthodes respectives comportent de nombreux points communs : un suivi très soutenu des chômeurs (généralement plusieurs entretiens hebdomadaires), des méthodes de « coaching » pour pousser les chômeurs à structurer et repenser leur projets professionnels, un nombre réduit de candidat par responsable de placement…
Cependant, chacun fait valoir ses particularités pour affirmer son efficacité et le caractère innovant de ses méthodes. Elles sont souvent liées aux caractéristiques propres du cabinet : les cabinets étrangers font valoir leur expérience dans leur pays d’origine, les entreprises spécialisées dans l’intérim mettent en avant leur réseau et leur expérience dans le suivi des demandeurs d’emploi, …
Un projet en manque de pilotage
Fort de l’expérience de ces quelques milliers de placements, on peut affirmer que ce dispositif peut avoir des effets positifs pour la réduction du temps de retour à l’emploi, en particulier pour les populations qui auraient une forte propension à tomber dans un chômage longue durée.Cependant, il apparaît, que l’intervention des opérateurs privés dans le placement des chômeurs reste encore à un stade « expérimental ».
Définition des objectifs
Le commanditaire, l’Unedic, n’a pas défini d’objectifs clairs que ce soit en terme quantitatif (nombre de chômeurs pris en charge à terme, planning de montée en charge…), ou qualitatif (taux de satisfaction des personnes prises en charge…).
Sélection des acteurs
S’ajoute à cela un manque de transparence sur la sélection et l’évaluation des acteurs. Le cahier des charges est relativement succinct, et les opérateurs privés n’ont pas d’obligation de moyens et de résultats clairement définis. La demande des organisations syndicales de mettre en place une évaluation plus précise, un nouveau mode de financement, et d’attribuer des labels est pour l’instant restée lettre morte.
La sélection des cabinets de placement pourrait par ailleurs être plus précise en intégrant une notion de spécialisation, par métier, par branche, ou selon la typologie des demandeurs d’emploi…
Rémunération du service
Ces entreprises privées prennent en charge des personnes dont le retour à l’emploi est une condition de leur équilibre social et financier et qui sont bien souvent en situation de fragilité. Il ne saurait donc être question de les placer à tout prix, dans un objectif unique de rentabilité. La rémunération de ce service étant indexée sur le retour à l’emploi du chômeur, il est important de clarifier la définition du ‘‘retour’’ (type de contrat, intérim…) et les conditions de ce retour à l’emploi (adéquation entre les compétences du demandeur et les caractéristiques de l’emploi proposé).
Enfin, si pour l’instant ce service n’a été proposé qu’à des chômeurs dits « à risques », l’opportunité de l’appliquer à d’autres populations n’a pas encore été annoncée.
Gestion du changement
L’importance du pilotage du changement semble avoir été sous-estimée : le rôle de l’ANPE par rapport à ces opérateurs n’a pas été clairement établi (concurrent, pilote, client ?) et les demandeurs d’emploi sont souvent mal informés sur les caractéristiques de ce dispositif. Cela explique en partie le faible taux d’adhésion à ce programme chez les chômeurs sollicités.
Conclusion
Si les différentes expériences menées pour tester le placement des chômeurs par des opérateurs privés démontrent le réel intérêt de ce système, il apparaît que sa mise en place, initiée il y a 3 ans, reste tâtonnante.Nous pouvons tout d’abord noter que cette solution pour enrayer le chômage de longue durée n’a su se départir de son coté « expérimental ». La sélection des chômeurs concernés, mais également des opérateurs, le mode de rémunération de ces derniers et leur évaluation restent aujourd’hui sujets à caution et sont le terrain de désaccords profonds entre l’ANPE, les partenaires sociaux, l’Unedic, et l’Etat.L’absence de définition précise du rôle de chacun, des qualités des différents acteurs, le manque de clarté du prescripteur sur ses objectifs en terme de planning, de positionnement et de gains freinent aujourd’hui la montée en puissance d’un mode de placement des chômeurs qui présente pourtant de nombreux avantages.Difficultés assez compréhensibles dès lors qu’il s’agit de transférer une mission de service public à un opérateur privé mais qu’il convient de résoudre rapidement pour espérer atteindre un taux de chômage de 5% à horizon 2012…
Articles dans : innovation, emploi /compétences


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