Education et formation permanentes : faire de l’Europe la première économie mondiale de la connaissance

Envoyer Imprimer 4 juillet 2007

Formation education Créer un espace communautaire de l’éducation et faire de l’Europe la première économie mondiale de la connaissance : c’est l’objectif ambitieux du programme d’accompagnement financier et logistique lancé officiellement le 7 mai dernier à Berlin sous le label « Education et Formation tout au long de la vie » et doté d’un budget de près de 7 milliards d’euros.

Aux yeux de ses promoteurs, l’initiative entend relever un défi des synergies européennes en matière de formation des individus : faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 », et lui donner les moyens d’une « croissance durable assortie d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale » (directive du Conseil européen, à Lisbonne, le 24 mars 2000). L’ambition du programme est de faire de la promotion l’un des piliers de cette nouvelle compétitivité.

Le concept d’une formation professionnelle continue, « tout au long de la vie », a vu le jour au XVIIIème siècle, sous l’impulsion de Condorcet, qui partait du postulat qu’« en poursuivant l'instruction pendant toute la durée de la vie, on empêcherait les connaissances acquises à l’école de s'effacer promptement de la mémoire, on garderait à l’esprit l'activité utile […], et l’on pourrait montrer enfin l'art de s'instruire par soi-même"[1]. La formule retrouve ses lettres de noblesse en 1996 grâce à l'Union européenne qui en a fait l'« année européenne de la formation professionnelle tout au long de la vie ». On y trouve une première définition dans le mémoire de la commission européenne du 30 novembre 2001, entériné par la résolution du Conseil européen du 27 juin 2002. La formation professionnelle continue désigne ainsi « toutes les activités d'apprentissage menées au cours de la vie dans le but d'améliorer ses connaissances, ses qualifications et ses compétences, que ce soit dans une perspective personnelle, citoyenne, sociale ou en vue d'un emploi ».

Modernisation et cohérence

Le programme dit d’ « éducation et de formation tout au long de la vie » entend insuffler en Europe une modernisation des systèmes de formation et une plus grande cohérence entre des dispositifs vieillissants à la recherche d’une crédibilité.
Les enjeux sont importants : conforter la coopération entre les pays de l’Union, améliorer la qualité de l’enseignement, favoriser l’apprentissage des langues, bâtir un réseau européen d’enseignants, partager les meilleures pratiques en matière d’enseignement et de formation, développer le sentiment de la citoyenneté européenne, faciliter l’intégration des citoyens par l’éducation, promouvoir une main d’œuvre européenne flexible…

Le dispositif s’apparente à un ensemble d’aides, de subventions et de partenariats destinés aux personnes (étudiants, enseignants, demandeurs d’emploi, formateurs…) et aux organismes concernés (écoles, centre de formation, associations…).
Il s’articule autour de 4 programmes sectoriels :

  • « Comenius » (1 047 millions d’euros) : a pour ambition de développer tout particulièrement la mobilité des enseignants et des élèves, l’apprentissage des langues et une citoyenneté européenne active.
  • « Erasmus » (3 114 millions d’euros) : s’attache à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et à en renforcer la dimension européenne. Il se propose de développer les échanges et la coopération entre universités, et d’assurer la transparence des diplômes au niveau européen.
  • « Leonardo da Vinci » (1 725 millions d’euros) : doit contribuer à la mise en œuvre d’une politique communautaire en matière de formation professionnelle afin d’en favoriser le développement et d’en améliorer la qualité.
  • « Grundtvig » (358 millions d’euros) : pourvoit aux besoins en matière d’éducation des adultes, en facilitant l’accès à l’éducation de diverses catégories de personnes, notamment les plus démunies. A ce programme d’inspiration plus « sociale » participent écoles et universités, mais aussi associations, bibliothèques, musées.

Le dispositif s’appuie également sur un programme dit transversal (369 millions d’euros), orienté sur les problématiques communes aux 4 piliers sectoriels et répondant aux objectifs suivants :

  • coopération et innovation politiques en matière d’éducation et de formation tout au long de la vie
  • promotion de l’étude des langues
  • TIC
  • diffusion et exploitation des résultats

Il est complété par le programme Jean Monnet (170 millions d’euros) qui soutient des établissements et des activités tournés vers l’intégration européenne.

En définitive, plus qu’à de véritables innovations, l’on assiste à une réorganisation –empreinte d’un plus grand souci de clarté– des nombreux systèmes de formation actuels, à une harmonisation plus visible des dispositifs de soutien à la formation de l’UE élargie et à une nouvelle allocation des budgets.
Dans le domaine proprement dit de la « Formation Professionnelle », on relève des efforts notables et une réelle volonté d’améliorer l’existant.

Zoom sur l’Europass Mobilité : Promotion de la Formation Professionnelle et soutien à la Mobilité des personnes

Le Passeport européen de la Formation, appelé "Europass Formation", est un outil d’appoint disponible depuis le 1er janvier 2005. Aujourd’hui, ce passeport est intégré au programme d’éducation européen dans le volet Leonardo da Vinci; il change de nom pour devenir ‘Europass Mobilité’. L’objectif n’est plus de développer la formation en tant que telle mais d’aider à la mobilité au sein de l’Union en apportant un soutien à cette formation.

Dans une Europe de la connaissance et de la communication, l’Europass Mobilité vise à encourager la reconnaissance des expériences à l’étranger afin de faciliter la mobilité géographique et professionnelle des personnes dans l’ensemble du continent.
Reconnu par 31 pays, ce passeport permet une lisibilité et une certification des compétences et des qualifications à un niveau européen. Il se révèle être ainsi un indispensable outil, revêtant du même coup une dimension essentielle de la citoyenneté.
L'Europass Mobilité contient de fait 5 documents : un CV Europass et un passeport de langue Europass à la charge de l’étudiant, un supplément descriptif du certificat Europass, un supplément au diplôme Europass et un Europass Mobilité, remplis et délivrés par les organismes compétents. Le Portfolio Europass peut être utilisé par tous (élève, enseignants, formateurs, salariés…).

La démarche a déjà séduit quelques grandes entreprises. Chez Mc Donald, par exemple, le « McPasseport », en place depuis septembre 2006, facilite l’emploi des salariés du groupe au sein des diverses branches européennes. Pour Philippe Signe, DRH de Bouygues Construction Entreprises France/Europe, ce dispositif s’inscrit dans une logique gagnant-gagnant : "les salariés sont responsabilisés et l’entreprise affirme son ancrage européen".

Un recul insuffisant

A ce jour, l’on ne dispose pas d’un recul suffisant pour évaluer la réelle valeur ajoutée du programme d’ « éducation et de formation tout au long de la vie ». Les critères dévaluation qui pourront être utilisés afin d’en mesurer l’impact ne sont pas disponibles mais l’on peut imaginer qu’il seront avant tout quantitatifs : nombre de stages transnationaux effectués, de partenariats créés, d’Europass mobilité contractés…
Il est à craindre que l’amélioration du système reste toute relative. Au premier abord, le nouveau dispositif, destiné en priorité aux étudiants et enseignants, permet surtout de regrouper sous un même chapeau des programmes disparates qui existent depuis déjà longtemps. En volume, la formation pour adultes est minoritaire et s’adresse plutôt à une catégorie de personnes peu instruites ou en difficulté professionnelle.
Ce constat amène, dès lors, à se poser une double question : ce nouvel élan sera-t-il assez puissant pour améliorer réellement la qualité de l’enseignement et de la formation et favoriser la mobilité de la main d’œuvre en Europe ? Permettra-t-il à l’Europe de relever valablement cet ambitieux défi : être, en 2010, l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ?


[1] - Extrait d'un discours prononcé par Condorcet devant l'Assemblée législative en avril 1792.

Articles dans : emploi /compétences, pratiques internationales

2 commentaires Ajoutez le votre

  • 1. RMS  |  6 juillet 2007 à 11:51

    L’initiative est excellente et on ne peut que la saluer, cependant on constate, une fois de plus, que contrairement à ce qui se fait dans la culture anglo-saxonne, on laisse peu de place à l’initiative individuelle : l’Europe aime dresser les cadres de son ambition, cadres qui en sont bien souvent les limites…

  • 2. Eagerypegem  |  11 décembre 2007 à 22:37

    I’d prefer reading in my native language, because my knowledge of your languange is no so well. But it was interesting!

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