Fait-il bon travailler en France ?

Envoyer Imprimer 4 septembre 2007

Les avantages de devenir une entreprise où il fait bon travailler

photo entête

Great Place to Work [1]… cela vous dit quelque chose ? Non ? Alors soyez une des premières entreprises françaises à favoriser ce concept qui ne pourra apporter à vos salariés et à votre entreprise que des bénéfices. Devenez une entreprise où il fait bon travailler !

Depuis plus de vingt-cinq ans, l’institut américain Great Place to Work interroge les salariés des entreprises participantes pour établir le palmarès des entreprises où il fait bon vivre. L’institut s’est installé en France depuis quelques années cependant il ne suscite pour le moment que l’intérêt des filiales de grands groupes internationaux déjà clients outre-atlantique et de quelques entreprises françaises prêtes à innover en la matière, comme L’Oréal. 

Pourquoi les entreprises françaises ne veulent-elles pas entrer dans la compétition ? Sont-elles peu motivantes, moins attractives que les grands groupes internationaux ? S’y sent-on moins bien ? Quels bénéfices, si bénéfices il y a, perdent-elles à ne pas innover en la matière ?  Tour de piste du dispositif et des enjeux en France.

Great Place to Work : Comment ça marche ?  

Les entreprises intéressées par ce sondage participent à la compétition en répondant à cent cinquante questions posées aux dirigeants sur les thèmes de la culture et les pratiques de l’entreprise (un tiers de la note). Cinquante huit questions sont posées à un échantillon représentatif de 250 salariés anonymes, (pour les deux tiers restant de la note). Le classement final est établi chaque année en fonction des notes obtenues. Alors que l’institut est obligé de limiter le nombre de participants par an et par pays à 200 entreprises à travers le monde, en Europe et plus spécifiquement en France, seulement soixante entreprises participent au sondage. Dans le haut du palmarès [2] ne figurent que des filiales de grands groupes étrangers tels que Bain & Company (1er), Morgan & Stanley (2ème), American Express (5ème), General Electric Capital Fleet Service (6ème) ou encore Mac Donald et Microsoft. Chez nos voisins italiens, espagnols ou encore hollandais, même scénario, se retrouvent en haut du palmarès Microsoft, American Express ou encore Mac Donald.

Un constat peu favorable pour les entreprises françaises absentes du palmarès et des sondages.  Pourtant, on en aurait bien besoin.Malgré les nombreuses réformes concernant le temps de travail et les modifications réglementaires, le malaise et le mal être des salariés français vis-à-vis de leur travail ou leur entreprise sont plus présents que jamais. Les récents suicides chez Renault, PSA ou encore Areva confirment malheureusement cette conclusion.

 greatplacetowork_illustration1.jpg

Autres symptômes du malaise français, les sociétés de coaching qui accompagnent les managers en situation de «burn out» ; les sociétés de conseil en bien-être qui se développent ; sans parler de la consommation d’anti-dépresseurs qui ne cesse de croître (la France est en effet la consommatrice N°1 en Europe avec plus de 6% de consommateurs). Enfin, les arrêts maladie pour cause de dépression liée au travail sont de plus en plus fréquents et le taux d’absentéisme dans les grands groupes français atteint les 7% (4,2% en Allemagne et 3,7 en Grande Bretagne), un record. Le travail est donc bien ressenti comme une souffrance et est à l’origine du stress des salariés. 

Quels sont les bénéfices pour les sociétés ? 

L’institut des entreprises où il fait bon travailler l’affirme : « des analystes financiers indépendants ont étudié les performances financières des entreprises lauréates de nos palmarès annuels, en commençant par la publication en 1984 et 1993 du livre "The 100 Best Companies to Work For in America" (par Robert Levering et Milton Moskowitz, 1984 et 1993). Les analyses ont été poursuivies pour accompagner tous les palmarès des "100 Best Companies" depuis la première parution dans le magazine Fortune en 1998. En utilisant plusieurs indicateurs de profit, ces études ont démontré que les entreprises lauréates du palmarès avaient réalisé une croissance boursière bien plus forte que la moyenne des entreprises cotées en bourse aux Etats-Unis ; et ceci sur une période de plus de 10 ans, précédant la publication des listes des "100 meilleures entreprises, où il fait bon travailler" ! ». 
Dans la pratique en effet, on constate que parmi les entreprises classées dans les premiers du palmarès, le cours de l’action a évolué positivement depuis leur entrée au sein du palmarès Great Place to Work.
Autre exemple, une société américaine spécialisée en biotechnologie, Genencor [3] International, a constaté que ses salariés s’affairaient pendant les heures de travail à régler des sujets personnels et compensaient en utilisant leur temps de repos à travailler. On imagine à ce rythme là le malaise des salariés et celui de la direction quant aux résultats attendus pendant le temps de travail. Afin d’inverser la tendance et assurer sa compétitivité sur ce marché des hautes technologies où il faut rester au plus haut niveau, la direction des ressources humaines n’a pas hésité à investir « dans ses salariés » par le biais d’offres de services tels que assurance maladie étendue, garderie d’enfants, voitures à disposition, conciergerie ou encore services administratifs.
La nouvelle mission de la direction des ressources humaines de Genencor était claire : développer la culture d’entreprise. Comment ? Par un système basé sur 3 axes majeurs :

  • Investir dans le capital humain pour créer une vraie valeur ajoutée auprès des clients
  • Equilibrer la vie professionnelle et vie personnelle en développant la « WOW » attitude (la « enthousiaste » attitude)
  • Donner aux employés le meilleur environnement de travail possible

Cette politique a pour but de servir trois objectifs : attirer les meilleurs talents, les fidéliser et être l’employeur de référence dans le secteur des biotechnologies. Pour y parvenir, Genencor a investi 1% de la masse salariale dans cette modernisation, et estime avoir obtenu un retour sur investissement de l’ordre de 30%. Ceci se traduit au quotidien sur le terrain par un programme actif et clairement défini : le « It ‘s all about you », la signature RH d’un vrai concept marketing. La politique RH de Genencor paye puisque la société a été reconnue  numéro 1 des meilleurs PME américaines où il fait bon y travailler.
L’explication de la faible motivation de la France est à nos yeux conjoncturelle et culturelle.  Conjoncturelle, car la France ne subit pas (encore) les pleins effets de la raréfaction des talents, moteur aux Etats-Unis de la démultiplication de actions en vue de devenir un « employeur de référence ».  Culturelle, car nous ne reconnaissons pas l’existence du stress dans l’entreprise, alors qu’il atteint des sommets vertigineux (selon un sondage réalisé en 2006 par le cabinet Stimulus, Le Figaro Magazine et TNS-Sofres, 44 % des Français seraient stressés, et 18 % le seraient à des niveaux qui mettent en danger leur santé psychologique ou mentale) [4]. Par ailleurs, la méfiance via à via de l’effet médiatique de ce type de sondage a du mal à disparaître. 

Il reste à voir si la notoriété croissante de Great Place to Work finira par encourager plus d’une entreprise française à investir dans sa plus précieuse ressource, c'est-à-dire ses salariés et à innover en matière de gestion des ressources humaines.


1 - Entreprise où il fait bon travailler
2 - Source : Palmarès 2007, Institut Great Place to Work France www.greatplacetowork.fr
3 - Genencor est une société née de la fusion de Genetech et de Corning dont le but est d’exploiter les applications industrielles des protéines. Elle recherche, développe, et vend des biocatalyseurs et autres supports biochimiques pour l’agro alimentaire, les produits sanitaires de grande consommations (lessives,..), les produits pharmaceutiques.
4 - Voir le dossier « Stress au travail : révélations sur un mal français » , Christophe Doré, paru le 15/04/06 dans Figaro Magazine : www.lefigaro.fr/magazine/
20060414.MAG000000333_revelations_sur_un_mal_franais.html

Articles dans : innovation, pratiques internationales

Poster un commentaire

Requis

Requis, hidden



HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Derniers Articles

Liens commerciaux


Get Firefox!