Rénover les compétences des professionnels du bâtiment, un enjeu du Grenelle de l’environnement

Newsletter Envoyer 9 février 2009

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (Pas encore de vote)
Loading ... Loading ...

bat_grenelle_env.jpg Dans le contexte économique actuel, les objectifs de maîtrise énergétique du Grenelle de l’Environnement apparaissent comme le principal levier de croissance du secteur du bâtiment sur les prochaines années.

En effet, pour répondre aux objectifs de réduction des dépenses énergétiques prévoyant une division par 4 d’ici 2050 des émissions de Gaz à effet de serre, un effort considérable doit être réalisé sur ce secteur, aujourd’hui premier consommateur d’énergie avec 42,5% de la consommation de l’énergie finale et près du quart des émissions de CO2. Les nombreux chantiers de rénovation prévus d’ici 2020 constituent un atout incontestable pour l’activité du secteur… mais encore faut-il disposer de professionnels qualifiés, maîtrisant les nouvelles contraintes règlementaires et technologiques !

Selon une étude publiée par Actu-Environnement [1], l’effort de formation nécessaire pour pouvoir répondre aux objectifs du Grenelle est estimé à 212 500 personnes par an en formation continue et initiale d’ici 2020, nécessitant au préalable la formation de 10 000 enseignants. Si le projet de loi Grenelle 2, adopté en conseil des ministres le 7 Janvier, montre la volonté politique de décliner au plus tôt les objectifs du Grenelle 1 en mesures concrètes, le secteur du bâtiment risque cependant de se trouver rapidement confronté à un goulot d’étranglement lié au manque de compétences sur le marché de l’emploi.

DES NORMES REGLEMENTAIRES ET TECHNIQUES DE PLUS EN PLUS CONTRAIGNANTES…

Le Grenelle de l’environnement s’insère dans une démarche de maîtrise des dépenses énergétiques (MDE) initiée déjà depuis plusieurs années avec la mise en place progressive de mesures incitatives et de normes techniques de plus en plus contraignantes.

La réglementation thermique (RT) s’appliquant aux bâtiments neufs a été renforcée. Ainsi, la RT 2005 applicable aux permis de construire déposés à compter du 1er septembre 2006, a amélioré de 15% la performance énergétique des bâtiments par rapport à la RT 2000. Cette réglementation devrait encore se faire plus exigeante dans le cadre de la RT 2010 en cours d’élaboration.

Par ailleurs, les contraintes de performance énergétique se sont élargies aux travaux de rénovation sur les bâtiments existants au travers de la réglementation dite « élément par élément » (2007) [2] et de la réglementation globale minimale (2008) qui soumet tous les bâtiments existants de plus de 1000 m² faisant l’objet de travaux de rénovation importants à des exigences de performance énergétique. Si les rénovations étaient déjà fortement incitées dans le cadre des Certificats d’Economies d’Energie (CEE), elles deviennent un des axes prioritaires du Grenelle de l’Environnement, avec d’ici 2012 la rénovation des bâtiments d’Etat et publics et d’ici 2020 la rénovation des bâtiments tertiaires.

Un autre axe de renforcement des mesures existantes est l’évolution du concept des labels énergétiques [4], initialement conçus pour inciter à dépasser les seuils de référence : le label Bâtiment Basse Consommation (BBC) correspond par exemple à une super-performance énergétique de 50% par rapport à la réglementation RT2005. En contrepartie, le propriétaire bénéficie d’un droit de dépassement du coefficient d’occupation des sols. Dans le cadre du Grenelle, le niveau Bâtiment Basse Consommation (BBC) devient la norme de référence appliquée à tous les bâtiments neufs en 2012 et à partir de 2020, le niveau Bâtiment à Energie Positive (BEPO ) sera requis.

…INDUISANT UNE TRANSFORMATION EN PROFONDEUR DU SECTEUR DU BATIMENT

Les impacts du Grenelle de l’Environnement sur les métiers du bâtiment sont non seulement d’ordre technique, puisque chaque filière doit s’approprier les nouvelles normes et technologies propres à son domaine d’activité, mais aussi culturels. Une certaine transversalité entre les différents domaines d’activités devient nécessaire : au-delà du niveau de coordination assuré par l’architecte et le maître d’ouvrage, chaque technicien intervenant sur une rénovation doit en effet disposer d’une connaissance élargie afin d’orienter son client sur les différentes mesures pour obtenir un niveau de performance énergétique globale. Cette transversalité constitue une révolution pour les acteurs du secteur : « Les corps d’Etat vont être amenés à échanger entre eux, alors que depuis quelques décennies s’est développée dans le secteur une culture du chacun pour soi » affirme Jean-Marie Carton, représentant de la confédération des artisans (CAPEB) au Grenelle de l’environnement [1].

A cette transformation des emplois existants s’ajoute l’apparition de nouveaux métiers. Le groupe de travail du Grenelle propose par exemple la création du métier de « technicien de la rénovation technologique » pour apporter dans les cabinets d’étude ou d’architectes une expertise globale sur les techniques de maîtrise de l’énergie. Cependant les représentants des fédérations professionnelles favorisent une évolution globale des compétences plutôt qu’une rupture opposant les métiers « développement durable» aux métiers traditionnels : selon Alain Chouguiat, chef du service formation de la CAPEB, « le défi du Grenelle ne nécessite pas de créer de nouveaux métiers de type « éco-rénovateur » mais constitue une opportunité de faire évoluer les savoir-faire et les métiers existants» [1].

UN APPEL DE COMPETENCES MASSIF SUR LE MARCHE

La cartographie des compétences recherchées sur le secteur subit donc une mutation profonde. Or celle-ci s’inscrit dans une situation structurelle de besoin de renouvellement des compétences. En effet, malgré un fort investissement des entreprises du secteur dans l’apprentissage, le nombre d’entrants ne permet pas aujourd’hui de répondre à la demande [5]. A cette situation s’ajoutent les nombreux départs à la retraite devant avoir lieu dans les années à venir.

Les nombreuses créations d’emplois prévues d’ici 2020 pour répondre aux objectifs de maîtrise énergétique (cf. illustrations 3 et 4) constituent certes une opportunité de développement du secteur, mais aussi un défi à relever en termes de formation : il s’agit d’une part d’attirer et de former suffisamment de jeunes à ces métiers, et d’autre part de faire évoluer les compétences des professionnels actuels.

20090209_bat_grenelle_env_2ter.jpg

20090209_bat_grenelle_env_2bis.jpg

UNE REPONSE FORMATION QUI SE HEURTE A DES DIFFICULTES

Les enjeux de la formation se situent donc aussi bien au niveau de la formation continue que de la formation initiale. Mais des limites apparaissent à ces deux niveaux.

En termes de formation continue, la première difficulté réside dans l’éclatement et à la diversité des acteurs du secteur du bâtiment, composé de quelques grands groupes industriels, de fabricants d’équipements, et surtout d’un tissu de milliers de petites entreprises et d’artisans (l’artisanat représente plus de 350 000 entreprises, soit 98% des entreprises du secteur et 68% des actifs [6]). Ces acteurs sont en outre répartis sur des métiers très variés (cf. illustration 2), représentés par des fédérations professionnelles au niveau régional et national. Comment dans ce contexte mener un plan de formation cohérent sur l’ensemble des acteurs ? Certes au niveau d’instances nationales telles que l’ADEME, la CAPEB ou encore la FFB, des actions de formations sont mises en place en partenariat avec les organismes de formation professionnelle. Un organisme de formation dédié, le FEE Bat, a été créé en décembre 2007 dans le cadre des CEE pour la formation des chefs d’entreprise, salariés et artisans aux économies d’énergie. Différents labels sont mis en place, tels que le label « Eco-artisan » de la CAPEB qui sera dispensé à partir de 2009, ou les labels « Qualit’EnR » pour tout ce qui concerne les énergies renouvelables. Ces initiatives sont cependant insuffisantes pour apporter une réponse globale, et elles pâtissent de l’absence d’une structure nationale (voire européenne) de coordination, apportant une vision d’ensemble projective des besoins de compétences et de formation et proposant des lignes directrices communes.

20090209_bat_grenelle_env_3.jpg

Au niveau de la formation initiale, la difficulté consiste à savoir comment intégrer les nouveaux besoins de compétences aux cursus de formation actuels : faut-il créer des parcours spécialisés ou au contraire faire évoluer les formations existantes ? Comment décloisonner les différents corps dès la formation initiale ? La particularité de la formation dans ce secteur est qu’elle est très professionnalisante et vise, pour la majeur partie des jeunes diplômés (les techniciens) une entrée directe sur le marché du travail. Il faut donc identifier quelles activités ces derniers doivent être en mesure de réaliser…mais dans un contexte en pleine mutation, cette tâche n’est pas simple. L’autre défi de la formation initiale est d’attirer et d’orienter davantage de jeunes sur ces métiers, en anticipant les emplois porteurs de demain, afin de disposer d’un « vivier » de compétences correspondant aux besoins du marché. A ce jour, les 207 000 jeunes suivants une formation initiale dans le bâtiment1 ne suffisent pas à la réalisation des objectifs ambitieux fixés par le Grenelle de l’environnement.


[1] Dossier Actu-Environnement : « Grenelle de l’environnement : l’enjeu de la formation des professionnels »
[2] Réglementation « élément par élément » : applicable depuis le 1er novembre 2007 à toutes les rénovations, elle définit les caractéristiques minimales des éléments à utiliser lors d'une rénovation : elle concerne plus de 31 millions de logements
[4] Les labels de performance énergétique sont déclinés sur 5 niveaux, de la Haute Performance Energétique (HPE 2005 : consommation inférieure de 10% à la référence RT 2005) aux Bâtiments Basse Consommation (BBC 2005 : consommation inférieure de 50 % à la RT 2005). Le label BBC, applicable à tous les bâtiments neufs à partir de 2012, correspond à une performance énergétique de 50 kwh/m2/an au lieu de 80 kwh/m2/an requis dans la RT2005.
[5] Selon une étude menée par la CAPEB (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) sur les offres d’emplois au second semestre 2007, 14% des entreprises artisanales du bâtiment ne parvenaient pas à satisfaire leurs besoins de main-d’œuvre, soit environ 45 000 emplois à pourvoir.
[6] Source : UNEDIC 2006


Tags :Développement durable, diversité, Emploi, emploi /compétences, Formation, Performance, retraite, RH, Salarié

Articles liés

Articles dans : Emploi / Mobilité

Poster un commentaire

Requis

Requis, hidden



HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Trackback this post


Liens utiles

Actualités RH

Sites et Blogs Sia Conseil

Nuage de mots clefs

RSS Articles récents du Blog Finance de Sia Conseil

RSS Articles récents du Blog Energie de Sia Conseil

Abonnement aux articles

Liens commerciaux



Meilleures notations

Commentaires